Tour d'horizon des problèmes de la facturation
Ces 15 dernières années, j'ai travaillé sur toutes sortes de projets e-commerce : mes propres factures en tant que freelance, la vente de fleurs, de billets de conférence, de courses en VTC, ou encore l'intégration avec les administrations fiscales en Amérique latine. Et j'en garde une conviction constante : la facturation devrait être bien plus simple à utiliser qu'elle ne l'est aujourd'hui.
Nous savons tous que la numérisation progresse dans tous les domaines de la vie, car l'informatique facilite le partage de données dans un monde toujours plus connecté. La facturation ne fait pas exception : vous avez sans aucun doute reçu de nombreuses factures au format PDF après des achats en ligne ou après vos courses Cabify. Par définition, ces factures sont numériques puisque vous les recevez sous forme électronique, et les entreprises qui vous les envoient ne les impriment évidemment pas au préalable. Elles sont toutes créées numériquement.
Cependant, comme ces factures ne contiennent pas de données structurées, lorsque vous transmettez vos notes de frais à votre logiciel ou à votre équipe de comptabilité, ceux-ci doivent recourir à une reconnaissance optique de caractères (OCR) ou faire appel à une personne pour copier-coller manuellement les détails de la facture dans la plateforme comptable, afin de les intégrer aux notes de frais.
Prenez un instant pour y réfléchir. L'entreprise qui vous facture crée sa facture numériquement, mais lorsqu'elle vous l'envoie, elle utilise un format imprimé qui n'est lisible que par un humain. La destination finale de ces informations est pourtant une plateforme comptable qui ne peut traiter que des données structurées.
C'est manifestement très inefficace.
Pourquoi en est-on là ? Nous pensons que les solutions de facturation électronique disponibles aujourd'hui sont trop complexes, et que les entreprises manquent d'incitations pour y consacrer le temps de développement nécessaire. Et qui pourrait leur en vouloir ? Il est déjà assez difficile de créer un produit que les gens auront envie d'acheter.
Les difficultés liées à l'envoi de factures ne concernent d'ailleurs pas seulement ce que reçoivent les clients. J'ai échangé avec de nombreuses grandes entreprises qui ont passé des semaines, voire des mois, à construire une intégration avec leur ERP ou leur plateforme comptable pour leur propre tenue de comptes. Chaque éditeur de logiciel a ses propres API et ses propres modalités de réception des factures, ce qui rend la mise en place d'une intégration extrêmement chronophage. Si vous êtes une petite entreprise, n'y pensez même pas : continuez à envoyer des tableurs à votre comptable, en culpabilisant de ne pas pouvoir consacrer le temps nécessaire à une intégration correcte.
Et bien sûr, si vous êtes une startup avec une présence internationale, déjà établie ou souhaitée, n'oubliez pas que chaque pays dans lequel vous vous lancez a sa propre panoplie d'outils locaux privilégiés par les comptables. Comme moi, vous avez peut-être entendu absolument tous les comptables du Royaume-Uni recommander Xero, ce qui est très bien si vous êtes dans l'un des pays qu'ils couvrent. Mais en réalité, en Europe, en Amérique latine, en Afrique et dans la majeure partie de l'Asie, chacun dispose de ses propres outils recommandés par les comptables.
Enfin, une fois que vous avez réglé toutes vos intégrations avec des tiers et trouvé comment envoyer les factures, en tant que développeur, il vous reste encore à gérer dans votre logiciel les évolutions réglementaires, les règles de validation et les différents taux de taxe. Certes, toutes ces informations sont publiques, mais suivre l'ensemble de ces changements demande des efforts qui pourraient être consacrés à l'amélioration de votre produit.
Des initiatives tentent de résoudre ces problèmes. PEPPOL, un projet européen aux ambitions mondiales, progresse à grands pas, et l'EDI est utilisé depuis des décennies entre grandes entreprises. Mais là encore, nous estimons que ces technologies restent tout simplement trop complexes à mettre en œuvre rapidement et facilement.
En résumé, nous pensons qu'il reste beaucoup à corriger pour que la facturation électronique devienne la norme, mais lorsque ce sera le cas, les bénéfices pour les entreprises seront considérables.