Autoliquidation de la TVA : ce qu'il faut savoir

Juan Moliner Cofondateur & CEO

Un aspect essentiel de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) consiste à déterminer qui est l'assujetti — c'est-à-dire qui doit reverser la taxe à l'administration fiscale. La règle générale veut que le fournisseur ajoute la TVA à chaque vente, puis reverse ce montant à l'administration fiscale. Mais cette règle comporte plusieurs exceptions. Dans cet article, nous expliquons le mécanisme d'autoliquidation, l'une des plus importantes d'entre elles.

Le mécanisme d'autoliquidation de la TVA expliqué

Comment fonctionne la TVA habituellement

Commençons par un bref rappel du fonctionnement classique de la TVA.

La TVA est un impôt indirect sur la consommation. Seuls les consommateurs finaux y sont soumis, mais ils ne la versent pas directement à l'administration fiscale. Ce sont les vendeurs qui ajoutent la TVA au prix de vente, puis qui la reversent à l'administration fiscale.

Toutes les ventes ne sont cependant pas destinées à des consommateurs finaux (B2C). Les transactions entre entreprises (B2B) intègrent elles aussi la TVA, mais les deux parties pourront ensuite la déduire. Seuls les consommateurs finaux ne peuvent pas déduire cette taxe et en supportent donc le coût.

Logiquement, les entreprises revendent leurs produits ou services à un prix supérieur à celui auquel elles les ont achetés, eux ou leurs composants. Résultat : la TVA collectée sur les ventes (TVA collectée) est généralement supérieure à la TVA acquittée sur les dépenses (TVA déductible). Lors de la déclaration de TVA, l'entreprise ne doit donc à l'administration fiscale que la différence nette entre TVA collectée et TVA déductible.

Voilà le fonctionnement habituel de la TVA. Mais comme indiqué, il existe de nombreuses exceptions, dont le mécanisme d'autoliquidation.

La TVA en autoliquidation

Dans les transactions soumises à l'autoliquidation, la responsabilité de déclarer et de payer la TVA passe du fournisseur au client. (D'où le terme autoliquidation : le client « liquide » lui-même la taxe.) Le fournisseur n'ajoute donc pas de TVA au prix de vente ; c'est au client de la déclarer dans sa propre déclaration de TVA.

Le schéma ci-dessous compare une vente classique à une vente soumise à l'autoliquidation.

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Comme on peut le constater, le résultat net est identique dans les deux cas. Le fournisseur conserve 100 € de la vente, et l'administration fiscale perçoit la différence entre la TVA due sur la vente (TVA collectée) et la TVA déductible sur l'achat.

Si, par exemple, le client n'avait pas le droit de déduire la TVA d'amont, l'administration fiscale percevrait 19 € aussi bien dans le scénario un que dans le scénario deux.

Quand appliquer l'autoliquidation

La directive TVA de l'UE distingue deux catégories de mécanismes d'autoliquidation : les opérations intracommunautaires — c'est-à-dire d'un État membre vers un autre — pour lesquelles les États membres doivent désigner l'acheteur comme redevable de la TVA, et les opérations domestiques, pour lesquelles ils peuvent choisir de le faire.

Livraisons intracommunautaires

Lorsqu'une entreprise européenne achète des biens à une entreprise d'un autre pays de l'UE, la charge de la TVA sur cet achat est transférée du vendeur à l'acheteur.

Dans le cas d'une prestation de services achetée à une entreprise d'un autre pays de l'UE, déterminer qui est redevable de la TVA — le prestataire ou le client — revient à identifier le lieu de la prestation. La règle générale veut que le lieu de la prestation soit celui où le preneur est établi ; dans ce cas, le mécanisme d'autoliquidation s'applique.

Parmi les exceptions à cette règle figurent le transport, l'affrètement, les services liés à un bien immobilier ou encore les billets pour événements : dans ces cas, le lieu de la prestation est celui où le service est matériellement fourni, et l'autoliquidation ne s'applique pas.

Opérations domestiques

Si l'UE impose donc l'autoliquidation sur les importations et les livraisons intracommunautaires, elle laisse aux États membres une marge de manœuvre, dans certaines limites, pour les opérations domestiques.

Il existe deux grandes catégories de transactions pour lesquelles certains États membres ont rendu l'autoliquidation obligatoire.

Il est donc toujours utile de consulter la législation TVA des pays dans lesquels vous opérez.

Opérations triangulaires

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Lorsque deux livraisons successives de biens interviennent entre trois entreprises assujetties à la TVA dans trois États membres différents, on parle d'une opération particulière dite « triangulaire ».

Par exemple, l'entreprise A vend des biens à l'entreprise B, qui les revend à l'entreprise C — mais les biens sont expédiés directement de A à C. Ce type d'opération générait une charge administrative considérable, tant pour les contribuables que pour les administrations fiscales. C'est pourquoi la mesure de simplification suivante a été mise en place :

Comme on peut le voir, les biens font l'objet de deux livraisons, et l'autoliquidation s'applique dans les deux cas.

Il est important de souligner que les règles encadrant l'opération triangulaire sont très strictes. Si plus de trois entreprises sont impliquées, par exemple, l'opération n'est plus considérée comme triangulaire et l'une des entreprises peut être tenue de s'immatriculer à la TVA dans un autre État membre.

Comment appliquer le mécanisme d'autoliquidation

Une fois que vous avez établi que le mécanisme d'autoliquidation s'applique, vous devez suivre quelques étapes essentielles pour le mettre en œuvre correctement. Examinons ce processus sous deux angles : celui du vendeur et celui de l'acheteur.

Du point de vue du vendeur

En tant que vendeur, l'étape la plus importante consiste à vous assurer que vous avez affaire à une entreprise légitimement assujettie à la TVA. Pour cela, demandez à l'acheteur son numéro d'identification à la TVA et vérifiez sa validité.

Vous pouvez vérifier les numéros de TVA des entreprises basées dans l'UE via l'outil VIES. Pour les entreprises établies hors de l'UE, il faut utiliser les équivalents nationaux ou régionaux.

Si la vérification aboutit, vous pouvez envoyer une facture à l'acheteur en y indiquant à la fois votre numéro de TVA et le sien. La facture ne doit comporter aucun montant de TVA et doit mentionner expressément l'autoliquidation. La plupart des entreprises emploient une référence légale complète comme « Livraison intracommunautaire exonérée – Article 138 (1) de la Directive 2006/112/CE », même si une simple mention « autoliquidation » suffit.

Les juridictions européennes considèrent que le fond prime sur la forme. Vous devez donc faire référence au mécanisme d'autoliquidation sur la facture, mais la formulation exacte importe moins. En pratique, il est recommandé d'indiquer le motif de l'autoliquidation (par exemple, une opération triangulaire) afin d'éviter toute ambiguïté pour les administrations fiscales locales.

Vous devrez inclure la valeur nette de la vente dans votre prochaine déclaration de TVA, mais pas le montant de TVA. Notez qu'en tant que vendeur, vous restez redevable de l'intégralité de la TVA si le numéro de l'acheteur s'avère invalide — d'où l'importance de la vérification.

Du point de vue de l'acheteur

Vous devrez d'abord communiquer votre numéro de TVA au vendeur afin qu'il puisse appliquer l'autoliquidation en toute sécurité.

Vous recevrez ensuite une facture conforme, comportant à la fois le numéro de TVA du vendeur et le vôtre, les montants exacts ainsi qu'une mention de l'autoliquidation.

Dans votre prochaine déclaration de TVA, vous devrez déclarer à la fois l'achat et la vente du fournisseur, en y faisant figurer les montants de TVA (qui ne figurent pas sur la facture). Tout manquement entraînera des pénalités — alors même que, dans la plupart des cas, l'administration fiscale n'a subi aucune perte.

La différence entre taux zéro, opérations exonérées et autoliquidation

Une facture peut ne comporter aucune TVA pour plusieurs raisons. L'autoliquidation en est une, mais l'opération peut aussi être exonérée de TVA ou soumise à une TVA de 0 % (opérations au taux zéro). Les opérations au taux zéro sont soumises à la TVA, mais à un taux de 0 %, tandis que les opérations exonérées ne sont pas du tout soumises à la TVA.

Un autre angle d'analyse est celui de la directive TVA de l'UE. Celle-ci définit certaines opérations comme exonérées de TVA, notamment dans les domaines de l'éducation, de la santé ou des services financiers. Pour les opérations soumises à TVA, l'UE distingue trois catégories de taux : le taux normal, le taux réduit et le taux spécial. Le taux zéro est un taux spécial, autorisé uniquement dans certains pays.

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Cette nuance subtile a plusieurs conséquences. Vous ne pouvez pas, par exemple, déduire la TVA d'amont liée à des ventes exonérées, alors que vous le pouvez sur des ventes au taux zéro. Cela signifie aussi que, si vos ventes sont exonérées de TVA, il se peut que vous n'ayez pas besoin de vous immatriculer à la TVA, ni d'émettre de factures pour ces ventes.

En dehors de l'UE

Dans cet article, nous nous sommes concentrés sur les règles européennes, mais il convient de noter que de nombreux pays hors UE disposent de leur propre version du mécanisme d'autoliquidation. Certains, comme la Suisse, se sont alignés sur l'UE pour la plupart des questions de TVA et appliquent les mêmes règles ; d'autres, comme l'Australie, le Japon ou l'Inde, appliquent l'autoliquidation dans certaines situations, mais selon des règles différentes de celles de l'UE.

Enfin, il y a le cas particulier du Royaume-Uni post-Brexit, où il faut distinguer l'Irlande du Nord, qui continue d'appliquer les règles européennes en matière de TVA, du reste du Royaume-Uni, qui ne les applique plus.

Comme toujours, il est essentiel d'analyser les règles locales de TVA avant d'aborder un nouveau marché.